Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 08:25

Le bonheur est dans l’ENA !

Les accros de la croissance n’ont pas de soucis à se faire. On va la ripoliner avec une couche de vert et tout ira bien…jusqu’à la prochaine catastrophe

L’indicateur fétiche de la croissance, le PIB, mesure le volume de tout ce qui est produit chaque année. S’il augmente, tout va bien, c’est le « progrès », du moins selon la pensée économique dominante. La croissance c’est comme les cochons, ça avale tout. La forêt amazonienne reconvertie en meubles exotiques, les usines de dépollution pour réparer les dégâts du productivisme, l’embauche de vigiles et de flics pour rassurer les propriétaires,... La croissance recrache de plus en plus de saloperies et elle épuise les ressources naturelles. Cette croissance-là n’est pas soutenable, on le sait bien.

Sarko, en grand manitou de la récupération, a flairé le coup.  Il a demandé au printemps 2008 à une commission « d’experts de haut niveau » de plancher sur de « nouveaux indicateurs de progrès ». Pour aller au chevet d’un indicateur économique, on a pris…des économistes. C’est comme si on demandait à un alcoolo de choisir par quoi remplacer son nectar préféré. La réponse a été mise en catimini sur le site de la commission début juin, pour un simulacre de consultation. Le prérapport d’une centaine de pages est bourré de jargon technique…et il est en anglais. La commission a les moyens de se réunir à New-York (bonjour le bilan carbone !) et d’héberger ses membres dans des hôtels de luxe, mais elle n’a pas un fifrelin pour traduire ses textes en français.

Que propose cette commission ? Elle met en avant un indicateur phare, l’ENA. Rien à voir avec les crânes d’œuf qui squattent les postes de pouvoir. L’ENA, c’est l’épargne nette ajustée, un concept développé par la Banque mondiale. L’idée est simple : si on pioche dans son patrimoine pour consommer, ce n’est pas soutenable. Car au bout d’un moment, le patrimoine s’épuise et on ne peut plus rien consommer. Pour les économistes, patrimoine se dit capital. On en additionne trois pour le calcul de l’ENA. Le capital économique (machines, bâtiments,…), le capital humain (mesuré par les dépenses d’éducation) et le capital écologique (les ressources naturelles diminuées des dégâts liés aux dommages climatiques). Pour additionner ces choux et ces carottes, on leur donne une valeur monétaire (ne vous inquiétez pas, les économistes adorent faire ce genre de choses). Si le total augmente, tout va bien, on est sur la voie royale du développement durable. Sinon, alerte dans les chaumières.

Vous sentez l’enfumage ? Bingo ! Car cette méthode suppose que l’on peut remplacer un capital par un autre. Concrètement, si vous mourez de soif faute d’eau potable, pas de problème, on vous donne une pompe à eau. Si l’air est trop pollué, une bouteille d’oxygène fera l’affaire. Et quand les espèces disparaîtront une à une, il suffira d’élever le niveau d’éducation des populations. Par exemple avec une lecture commentée de Quo Vadis ? En résumé, nos accros de la croissance ajoutent vin blanc, vin rouge et whisky, puis ils mélangent allègrement le tout dans un shaker. C’est proprement imbuvable. Normal, on vous avait prévenus, c’est l’ENA.


Pour en savoir plus: 
      
Si vous êtes courageux, vous pouvez aller sur le site de la commission "Stiglitz" (du nom de son président), dont on parle dans l'article. La totalité (sauf un) des documents sont en anglais...

Site de la commission Stiglitz

http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/en/index.htm

 

Beaucoup plus intéressant (et accessible), les analyses développées sur le même sujet par le collectif FAIR (« Forum pour d'autres indicateurs de richesse ») constitué au moment de la mise en place de la commission Stiglitz. 

http://www.idies.org/index.php?category/FAIR

 
Par pierrôt - Publié dans : SINéCO
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /2009 02:12
Article paru dans Siné Hebdo n°41, mercredi 17 juin 2009
en version word ici:  SMIC--SH41--final.doc SMIC--SH41--final.doc

MINI-SMIC et MAXI-FRIC

Dormez en paix smicards et autres damnés de l’enfer des bas salaires, un « groupe d’experts » veille désormais sur vous. Réclamé de longue date par le patronat, ce groupe a été créé par la loi et installé le 23 mai. En deux semaines chrono (un vrai record !), il a rendu son avis le 5 juin. Les conclusions étaient préparées d’avance ? Pas impossible puisqu’un des experts, Gilbert Cette, directeur à la Banque de France dans le civil, avait déjà pondu il y a quelques mois un rapport préconisant la suppression du SMIC.

En bon adepte de la méthode Coué, les experts assènent à longueur de pages la même rengaine : le SMIC est trop élevé. Passons sur les comparaisons internationales qui alignent une moitié de pays dont le revenu par habitant est très inférieur à celui de la France (les trois quarts pour la Grèce, jusqu’à moins de la moitié pour la Pologne, et la Turquie). On se doute que, dans ces pays, le salaire minimum doit être moins élevé qu’en France. Mais ça doit faire plus joli sur les graphiques.

Dans notre pays, le SMIC serait aussi « trop élevé » en comparaison des autres salaires ? Parce qu’il aurait trop augmenté ? Ces experts voient tout à l’envers. C’est simplement qu’à force de tasser la plupart des salaires vers le bas depuis plus de trente ans, ils se sont rapprochés du plancher. Il faudrait plutôt penser à les augmenter, les salaires, et à relever le plancher.

Pas question ! Pas de coup de pouce cette année concluent nos experts. Pour eux, c’est simple. Si on augmente « trop » le SMIC, les smicards coûteront trop cher aux employeurs qui ne les embaucheront plus. Adieu emploi, pouvoir d’achat… et bonjour les angoisses de fin de mois. C’est le raisonnement typique de « l’économie de l’offre » très à la mode sous Reagan et Thatcher. Un raisonnement à sens unique. Car le salaire est aussi un revenu pour le salarié. Et les revenus, ça nourrit la croissance et l’emploi. Une hausse du SMIC n’est pas forcément défavorable à l’emploi, loin de là. Objection balayée d’autorité par nos experts, en cinq lignes, sans un argument. Fermez le ban !

Le pompon, c’est que les mêmes oublient, ces étourdis, de comparer le niveau du SMIC à ce que rapporte un salarié à son employeur. Pourtant, c’est ce qui a le plus de sens d’un point de vue économique. En moyenne, un salarié rapporte aujourd’hui plus de 6500 euros par mois à son patron. Un smicard en reçoit moins d’un quart. Au-delà d’une vingtaine d’euros de plus par mois, nos experts prédisent la cata. Pourtant, au moment de la création du SMIC, en 1970, c’était 20 % de plus (soit 300 euros d’aujourd’hui). Et quand on a créé en 1950 l’ancêtre du SMIC, le SMIG, c’était …plus de deux fois plus ! Trop élevé on vous dit.



Voir Siné Hebdo n°2, 17 septembre 2008. Pour en savoir plus : www.cidrolin.com




 
Autres lectures et liens
Le rapport du groupe d'experts dont il est question dans cet article: Rapport_SMIC.pdf Rapport_SMIC.pdf  
A noter, c'est presqu'à se tordre de rire, que ces experts commencent par s'autocongratuler, et pas qu'une fois. Paul Champsaur, leur président (ancien DG de l'INSEE et maintenant président de la Haute autorité de la statistique publique, ça promet) se croit obligé de mentionner dans la première page de son intro que ce rapport a bénéficié de "l’expérience et des connaissances unanimement reconnues de chacun des membres du groupe". Il récidive à la fin de la même intro en soulignant que "les connaissances et l'expérience de chacun d'entre nous ont été des atouts déterminants dans cette entreprise". Ce serait intéessant de faire un portrait des cinq membres de ce groupe d'experts. Un peu plus tard, peut-être
 
Un des premiers articles parus dans Siné Hebdo sur le sujet: SINECO2-Le-SMIC-.doc SINECO2-Le-SMIC-.doc

Et aussi une analyse un peu plus développée (avec graphique) mise sur ce blog:
Le SMIC est-il trop élevé ?  

Et si vous avez vraiment du temps (et de la patience), vous pouvez écouter le débat avec Gilbert Cette au moment de la parution du rapport du CAE (Conseil d'analayse économique) sur le même sujet (en août 2008): Faut-il supprimer le SMIC?  
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 09:36

Brazil

Dans Siné Hebdo du 20 mai 2009 titré « Radio Sarkozy c’est parti ! » j’évoquais l’intrusion de Jean-Luc Hees dans les studios du 7-10 de France Inter. Puis, je parlais de RFI, de Julien Coupat et je revenais sur France Inter, « Radio Sarko », en remettant au goût du jour la petite phrase de Pierre Dac sur Radio Paris de l’occupation. Voici l’édito.
 
Ça n’a pas plus, manifestement à Didier Porte qui dans le numéro suivant m’est rentré dans le chou. D’où ce texte en guise de réponse. C’est pas au format Siné Hebdo. En unités Delfeil standard, le texte doit faire environ 4 Delfeil. Ceux qui veulent contribuer à la déforestation de notre planète peuvent l’imprimer à partir du document posté ici. 
Voilà c’est parti.

J’en viens directement à la principale critique de Didier Porte. Celle d’avoir conclu l’édito par une référence à la chanson de Pierre Dac sur le Radio Paris de l’occupation (« Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand »). Didier Porte préfère la formule de Pierre Dac à ma paraphrase maladroite. Ok. On n’est pas tous les jours au top et je n’ai pas la prétention d’arriver à la cheville de Pierre Dac. Là où je ne suis pas d’accord, c’est qu’il en conclue que j’aurai voulu dire par cette ritournelle que tous les salariés de Radio France étaient subitement devenus, avec la nomination de Hees, des collabos. En fourbe et hypocrite que je suis, j’aurai même fait précéder cette chute de précautions oratoires « jésuitiques » (« petite ritournelle », « sourire de Pierre Dac »). Quel est le principal argument de Didier Porte (le seul en fait) ? Didier Porte émet librement. Donc tout va bien. Problème : Didier Porte parle de Radio Porte et je parle de Radio Sarko. Forcément, on n’est pas sur la même longueur d’ondes.

Un édito, c’est court (1700 signes à Siné Hebdo !). Et le réduire à une formule pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas permet peut-être de pousser un coup de gueule, surtout quand on a le talent de Didier Porte, mais pas de répondre sur le fond. Explication.

Pour un édito, j’essaye toujours de réunir trois ingrédients : un thème ou fil conducteur, des infos (un journal, même satirique, c’est d’abord de l’info) et une chute (généralement en retour sur le thème). Dans l’édito incriminé, le thème c’était Radio Sarkozy, c’est-à-dire, en clair, l’interventionnisme croissant du pouvoir politique sur les médias. C’est pas nouveau, mais Sarkozy en rajoute une très grosse couche. L’invitation inédite du patron de Radio France au micro de « sa » radio a été, cette semaine-là, l’actu qui a amorcé la pompe. Pour en arriver à la petite chanson qui chagrine tant Didier Porte, j’essayais (brièvement, édito court, etc.) de resituer cet épisode dans un contexte plus général. D’abord, les licenciements massifs à RFI. Où il saute aux yeux de n’importe quelle personne un peu informée qu’il s’agit, en résumé, de museler une radio qui « dérange » (le pouvoir, pas les auditeurs). J’enchainais sur la question plus générale des libertés, en évoquant le cas de Coupat (désormais relâché) et la pétition de la maison des écrivains contre le « délit de lecture ».  RFI et Coupat, Didier Porte n’en parle pas. Pourtant je ne pense pas que l’on puisse sérieusement analyser l’édito – et comprendre sa chute - sans la relier à ces faits. Surtout quand le texte est si court (édito bref, 1700, etc.).

Je terminais, donc, par la désormais fameuse chanson paraphrasée, non pas en prenant de façon hypocrite quelques « précautions oratoires », mais en l’introduisant d’une façon un peu légère, comme un clin d’œil à Pierre Dac, pour bien montrer que, justement, il ne s’agissait pas de comparer ce qui n’est pas comparable, mais de dénoncer un climat, une tendance lourde (très lourde) qui commence à résonner assez fort avec des périodes plus sombres. Manifestement, cela n’a pas été compris. Alors je précise.

Il faut d’abord rassurer Didier Porte. Les Allemands ne sont pas entrés dans Paris et ils n’ont pas envahi la France. Jean-Luc Hees n’est pas Himmler (ni Goebbels) et Sarkozy n’est pas nazi. Je présente aux lectrices qui auraient pu faire cette lecture de l’édito mes plus tendres et inavouables excuses. Quant aux lecteurs, ils n’ont qu’à aller trouver leur lectrice préférée qui leur transmettra. En 2007 (élection de Sarkozy), c’est pas reparti comme en 40. En 2007, on a la télé couleur et plein d’autres objets encombrants qui servent à faire tourner la machine à consommer jusqu’à la nausée. En 2007, on a internet, l’iPhone, la Wii, …et encore plein d’autres conneries. Bref, en 2007,  on ne ment pas comme en 1940. Pour une raison simple : cela serait contre-productif. Les capitalistes l’ont compris bien mieux (et bien plus tôt) que les pays de l’ex-bloc soviétique. Anecdote. En 1981, avec d’autres copains, nous sommes allés en Pologne juste après le coup d’Etat de Jaruzelski pour y convoyer une aide « humanitaire ». A l’époque, dans certains quartiers de Varsovie, les habitants mettaient de temps à autre à leur fenêtre l’écran de leur télé, tourné vers la rue, au moment du journal télévisé. Comme un petit happening, tous en chœur. Ces Polonais ne connaissaient sans doute pas les chansons de Boris Vian mais ils avaient compris, sans être snob, que la télé, décidément, de l’aut’côté c’est bien plus passionnant. Ils avaient aussi, comme l’aurait dit l’ami Boris, l’âme slave. Bref, la dictature était installée mais sa propagande ne dupait personne.

Aujourd’hui, dans nos pays civilisés qui, je le précise, ne sont pas des dictatures, les choses sont (un peu) plus subtiles. Aujourd’hui, les Etats-Unis occupent toujours l’Irak après avoir envahi ce pays en prétextant à la face du monde entier des contre-vérités. Ce qu’absolument personne désormais ne conteste. Et pour cause, c’est la simple vérité. Sur ce  (gros) coup, le mensonge l’a emporté sur la vérité. Faut-il parler de propagande ? ça ne se passe pas chez nous. Cela ne peut pas arriver chez nous ? Cela n’arrive pas chez nous ? Pourtant, on se souvient encore de la campagne présidentielle de 2002 où l’hystérie sécuritaire médiatique avait relégué au second plan tout véritable débat de fond. Où cela s’arrêtera-t-il ? Personne n’est devin. Mais on y va en accélérant… Le problème, dans les démocraties d’opinion dans lesquelles nous vivons désormais, ce n’est pas le contrôle strict de l’information qui, encore une fois, n’aurait pas de sens. C’est la capacité des pouvoirs à mobiliser l’opinion publique dans des périodes clés, comme celles des élections présidentielles. Et une fois élu, bonjour le mépris, comme on le voit bien avec Sarkozy. Pour faire passer la pilule, la caisse de résonance médiatique fonctionne avec quelques soupapes : l’humour, le divertissement et même quelques infos, comme Mermet par exemple. Ce n’est pas pour autant que Mermet est un « collabo ».

Bref, quand Jean-Luc Hees a pris la tête de Radio-France, les chars ne sont pas entrés dans la maison de la radio et les programmes n’ont pas été chamboulés. On a juste franchi un cran de plus vers une forme de contrôle sarkozyste des médias. Les salariés de Radio-France ne sont pas devenus du jour au lendemain des « collabos ». Je n’aurais jamais employé ce mot. Pourtant, sur l’antenne de France Inter, on a pu l’entendre dans la bouche d’une journaliste, Christine Laborde, qui n’a pas hésité à traiter, pour le coup sans « jésuitisme », les cheminots de « collabos » (en raison du rôle de la Sncf dans la déportation pendant la seconde guerre mondiale). Et le nouveau maître de France Inter, Philippe V., use et abuse de ces références à cet épisode historique pour qualifier ses adversaires de « nazis », pour parler de Munich (1938), etc. On peut lui faire confiance pour tirer la révérence aux hommes et aux femmes de pouvoir. Et cela n’a pas non plus commencé avec Hees. Il suffit d’écouter comment certains journalistes de France Inter laissent débiter des énormités (des « boniments ») aux ministres qui passent à l’antenne pour s’en convaincre. Besson, par exemple, niant contre toute évidence le délit de solidarité. Pour se faire son opinion, c’est simple. Il suffit de lire son communiqué de presse et sa prétendue démonstration, puis de comparer avec les arrêts mis en ligne sur le site du Gisti (je sais, c’est difficile, il faut savoir lire), pour se rendre compte qu’il ment en commentant ces décisions de justice. N’est-ce pas le rôle des journalistes de lui rabattre (poliment) son caquet ? Autre exemple : Hirsch, petit génie sorti tout droit de la cuisse de l’énarchie qui prétend avoir trouvé la solution miracle pour « remettre » les Rmistes au boulot. Mais qui a constamment menti en assénant l’idée qu’un Rmiste qui reprendrait un boulot y perdait du fric. N’est-ce pas là non plus le rôle d’un(e) journaliste de pointer ces impostures ? Certains le font, mais pas tous, loin de là. C’est bien là le problème. Car les chaînes de Radio France sont des radios publiques, c’est-à-dire des radios qui devraient être au service du public et où ces attitudes ne devraient pas exister. Et je me contrefous du fait que les radios privées asservies au pouvoir de l’argent sont pires. Parce que je parle de la radio publique.

Je ne vais pas poursuivre ici une analyse des médias et de leur rôle dans le « façonnage » de l’opinion publique. D’autres font ça beaucoup mieux que moi, et de façon beaucoup plus rigoureuse (voir le site d’Acrimed, par exemple). Et, de toute façon, ce n’est pas le but. Il suffit de reconnaître cette évidence : il n’y a pas besoin de censurer un journaliste con. Je précise, sinon on va encore me tomber sur le râble: je ne parle pas des chroniqueurs mais des journalistes qui servent la soupe. Didier Porte et bien d’autres n’en font pas partie. Retour au journaliste con. Il fait le con, c’est tout ce qu’on lui demande. Et quand la promotion devient proportionnelle à la connerie, quand elle assure des perspectives de carrière, c’est plutôt mal parti. Bien sûr, heureusement, il existe des personnes qui résistent à ces pressions (on peut les appeler des résistants ?). Mais cela ne change rien à la lame de fond qui les (em)porte.

Bon, on termine avec une chanson, encore une fois. Pour coller davantage à l’air du temps sans craindre les foudres de mes collègues chroniqueurs, il aurait sans doute été préférable de conclure l’édito par une autre chanson, Brazil, qui sert de titre au film de Terry Gilliam. Vous vous souvenez de Sam Lowry, fonctionnaire au ministère de l’information, qui finit lobotomisé sous les mains de son « ami » ? Mais comme je suis un peu têtu, je reviens une fois de plus sur la chansonnette de Pierre Dac, avec un petit changement. « Radio Sarko ment, Radio Sarko ment, encore un peu plus qu’avant ». ça te va mieux comme ça, Didier ?

 

 

 

Par pierrôt - Publié dans : SINéCO
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 15:25
En ces temps d'unanimisme syndical, un petit texte politiquement incorrect à propos d'une pétition signée par tous les syndicats et plein de chercheurs. 

L’emploi, priorité « absolue » ? 

A l’initiative du mensuel Alternatives économiques, une pétition a été lancée le 13 mars dernier pour demander « d’abroger sans délai les mesures défiscalisant les heures supplémentaires et les exonérant de cotisations sociales ». Cette mesure devait concrétiser un des slogans de la campagne présidentielle de 2007: « Travailler plus pour gagner plus ». Dans un contexte où plusieurs millions de personnes étaient au chômage ou en sous-emploi, c’était non seulement une provocation, mais aussi une véritable supercherie.

D’après les derniers chiffres de l’Insee, on a enregistré 325  000 personnes de plus au chômage ou en sous-emploi au dernier trimestre 2008. La crise accentue les problèmes d’emploi mais ne change pas fondamentalement la donne. Encourager le développement des heures supplémentaires reste, dans ce contexte, un véritable non sens économique et social. Il ne fallait pas prendre cette mesure et il faut certainement l’abroger. Alors, pourquoi peut-on éprouver des réticences à signer cet appel ? Plusieurs raisons peuvent y pousser.

Premièrement, le texte de l’appel apporte incontestablement de l’eau au moulin du gouvernement en entérinant l’idée que cette mesure aurait effectivement permis d’accroître le nombre d’heures supplémentaires. Cette idée est pourtant plus que controversée. Dans le rapport d’évaluation remis au Parlement fin 2008, on a dénombré environ 750 millions d’heures supplémentaires en 2008, d’après les statistiques de l’ACOSS (organisme auprès duquel les entreprises doivent désormais déclarer le nombre d’heures supplémentaires pour bénéficier des aides de l’Etat). Dans son dernier bilan rendu public en février 2009, l’ACOSS a revu son estimation à la baisse et chiffre désormais le nombre d’heures supplémentaires à 725 millions en 2008. De leur côté, dans le même rapport au Parlement, les experts du ministère du travail avaient estimé le nombre d’heures supplémentaires à 730 millions pour l’année 2007 (hors effet des mesures de la loi TEPA concernant ces heures sup). Bref, contrairement à ce que le gouvernement s’est échiné à faire croire, le nombre d’heures sup n’a pas augmenté après les mesures d’incitation mises en place fin 2007. Pourtant, d’après le texte de la pétition, le nombre d’heures supplémentaires aurait augmenté entre fin 2007 et fin 2008 et représenterait l’équivalent de 90 000 emplois supplémentaires. Voilà un satisfecit qui va sans doute réjouir Christine Lagarde.

Deuxièmement, cette mesure a surtout constitué un énorme effet d’aubaine pour les entreprises qui avaient déjà massivement recours à ces pratiques. C’est là le plus gros scandale. Le texte fait l’impasse sur ce phénomène et c’est bien dommage. La hausse supposée du nombre d’heures supplémentaires est l’arbre qui cache la forêt.

Enfin, surtout, était-il vraiment opportun de lancer cet appel à la veille de la seconde journée unitaire d’action qui a été encore plus massive que celle du mois de janvier ? On peut sérieusement en douter. Après la manifestation du 28 janvier dernier, Nicolas Sarkozy avait convoqué un « sommet » social pour tenter de désamorcer un mouvement d’une profondeur sans doute inégalée depuis plusieurs décennies. Ce sommet avait accouché de mesurettes dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elles sont notoirement insuffisantes, non seulement pour soutenir l’activité économique, mais aussi pour répondre au déficit structurel de pouvoir d’achat des salariés. Quelques chiffres. Selon l’Insee, le revenu salarial moyen (le total des salaires perçus en moyenne par un salarié durant l’année) a stagné, en pouvoir d’achat, depuis 1978. Sur la même période, les revenus de la propriété (loyers, dividendes, intérêts,…) se sont envolés. Ils représentent aujourd’hui plus de la moitié de la masse totale des salaires nets perçus par les ménages : c’était moins de 25% en 1978. La part des loyers dans les revenus des ménages locataires a doublé depuis 1978 : on n’avait jamais observé un phénomène d’une telle ampleur, ni d’une telle durée, depuis 50 ans. Dans la crise actuelle, l’urgence est dans une meilleure répartition des richesses et des revenus. Comme le souligne Michel Aglietta dans les colonnes du mensuel initiateur de la pétition, cette crise est celle d’un modèle social inégalitaire.

Cet appel n’apporte pas de réponse à cette question. Il risque, au contraire, de cristalliser le débat sur la seule question des heures supplémentaires au nom de la priorité « absolue », selon le texte,  qu’il faudrait accorder à l’emploi. C’est là que le bât blesse. Car c’est précisément au nom de cette priorité que les politiques publiques ont poussé au laminage des salaires depuis 30 ans. Il est plus que jamais nécessaire de tenir les deux bouts de la chaîne : emploi et salaires. L’encouragement des heures supplémentaires n’est certainement pas une réponse à la question du pouvoir d’achat. Sa suppression nécessaire n’y apportera pas, non plus, de réponse. Elle risque simplement d’offrir, après les atermoiements d’usage et les compromis inévitables, une porte de sortie à un pouvoir aujourd’hui aux abois. Est-ce vraiment cela dont ont aujourd’hui besoin les salariés ?

Le texte au format word: Heures_Sup-blog-.doc Heures_Sup-blog-.doc  

Par pierrôt - Publié dans : SERIEUX, S’ABSTENIR
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 15:01

Même en essayant de gratter quelques jours après le délai légal, il fallait bien se rendre à l’évidence : le temps de l’hibernation est terminé. Il faut reprendre le chemin du blog. Alors dans les prochains jours (ou les prochaines semaines…), de nouveaux articles, peut-être des photos, et d’autres choses. Le bric-à-brac habituel, quoi.

Par pierrôt
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