Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 22:26
Publié dans Siné Hebdo n°2, 17 septembre 2008  

La « réforme » du SMIC :

accroche-toi au plafond, j’enlève le plancher !

pierre concialdi


C’est une histoire de fous, où l’on raconte que pour mieux aider les bas salaires il faut supprimer (« réformer » dans le novlangue libéral) le SMIC. C’est dans un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE), un machin où des experts désignés par le gouvernement délivrent la bonne parole. Selon ces experts, le SMIC serait trop élevé. Tout le monde reconnaît que ça ne permet pas de vivre mais c’est « trop élevé ». C’est ça les contraintes économiques, c’est jamais placé au bon endroit. Par exemple, les experts ne disent jamais que les salaires des patrons sont trop élevés ; ils s’alarment du coût du travail mais jamais du coût du capital.

Bon, revenons au SMIC. L’idée de base d’un salaire minimum c’est de garantir aux salariés qu’ils auront au moins une partie (un minimum) de ce qu’ils produisent. Aujourd’hui, en moyenne, un travailleur rapporte plus de 6000 € par mois à son patron (c’est la valeur marchande de ce qu’il produit). Le coût d’un smicard pour l’employeur représente moins du quart de cette valeur et le salarié en reçoit, en net, moins d’un sixième. C’est peu. C’est même très peu. Pour tout dire, depuis la création du SMIC en 1970, ça n’a jamais été aussi peu. Pourtant, à l’époque, on avait mis en place un mécanisme pour augmenter automatiquement le salaire minimum quand les salariés produisent plus, pour l’indexer sur la croissance. D’où le nom de salaire minimum « de croissance ». Malgré tout, la valeur relative du SMIC a baissé.

 

Avant le SMIC, il y avait le SMIG (le salaire minimum garanti) qui n’était pas indexé sur la croissance. Si bien que depuis sa création en 1950, il avait régulièrement dégringolé. Et pourtant, en proportion de ce que produisaient les salariés, c’était bien plus qu’aujourd’hui. Sauf dans les 3 ou 4 années qui ont précédé l’explosion sociale de mai 68. Cette année-là, les accords de Grenelle (les vrais) avaient augmenté le SMIG de 35%. Aujourd’hui non plus, ce ne serait pas du luxe.

Le texte à télécharger en format word:  SINECO2-Le-SMIC-.doc SINECO2-Le-SMIC-.doc
Un article du blog avec un peu plus de détails pour ceux que ça intéresse:   Le SMIC est-il trop élevé ?
 
Par pierrôt - Publié dans : SINéCO
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 16:30
"Un pierrôt s'est caché dans un hebdo: saurez-vous le découvrir ? "

Bon, la réponse n'était pas trop difficile. C'est dans Siné Hebdo. Après tout le ramdam que j'en ai fait sur le blog. Donc vous pourrez y lire des choses "mal élevées" (mais sérieuses !) sur l'économie. C'est aussi l'ocasion d'ouvrir une nouvelle rubrique "SINéCO", où vous pourrez retrouver les articles si un évènement absolument indépendant de votre volonté vous a empêché pour une raison de force majeure d'acheter le canard une semaine (on s'est compris ?). Mais le plus simple, évidemment, c'est de s'abonner. C'est ici ====>http://www.sinehebdo.eu/abonnement.html

Last but not least, c'est aussi l'occasion de dire un grand merci à Siné, à Catherine et à toute la bande qui a bien voulu m'accepter dans cette aventure.  
Par pierrôt - Publié dans : SINéCO
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 16:17
Les idées fausses du RSA

Entretien publié dans Le Dauphiné libéré, 30 septembre 2008

Demain, les discussions sur le projet de loi de généralisation du RSA (Revenu de solidarité active) reprendront à l’Assemblée. Et avec elles, les polémiques. Pierre Concialdi, économiste spécialiste des retraites et des emplois précaires, dénonce les mensonges sur lesquels serait bâti ce nouveau dispositif d’insertion.

* Pourquoi, selon vous,le RSA n’apporte rien ?

- Il n’est pas plus incitatif que les dispositifs existants. Martin Hirsch annone que les Rmistes qui reprennent un emploi perdent de l’argent. C’est faux. Dans la première année de reprise, le gain actuel est même supérieur qu’avec le futur RSA. Par exemple, le RMIste qui reprend un emploi à temps complet au SMIC gagne aujourd'hui  durant l'année qui suit ce retour à l'emploi un peu plus de 1300 € par mois en moyenne, contre environ 1100 € avec le RSA. Sur l'année, la différence est de plus de 2500 €, soit deux mois et demi de Smic ou cinq mois de RMI! 

 * Certains redoutent les effets pervers du RSA : il favoriserait les emplois précaires…

 - Le RSA diminue l’incitation à reprendre un emploi, mais subventionne de façon permanente les bas salaires. Il rend plus durablement supportable pour les salariés cette situation et n’incite pas les employeurs à les augmenter. Les salariés sont enfermés dans des emplois peu payés. Ce qu’on appelle les « trappes à bas salaire ».

* À en croire Eric Woerth, les entreprises n’étant pas informées que l’employé bénéficie du RSA, elles ne seront pas tentées de minimiser les salaires.

- Peu importe pour l’employeur de savoir si tel salarié perçoit ou non le RSA. Il est conscient – comme le répète le gouvernement – que, si nécessaire, l’Etat donnera un complément aux salariés pauvres. Cela ne peut qu’accélérer la course au moins disant salarial.

* Qu’est-ce qui aurait été préférable selon vous ?

 - Le RSA repose sur l’idée qu’il existerait des salariés « non rentables » pour les entreprises. Depuis plus de 20 ans, cette idée a été largement démentie. Dans ses expériences pionnières, Bertrand Schwartz l’avait montré avec des jeunes à « BAC moins  cinq »: quand les employeurs surmontent leurs préjugés, tout le monde peut avoir un emploi et être rentable pour l’entreprise. Le problème est qu’il n’existe pas d’emplois pour tous, car la rigueur salariale qui sévit depuis 30 ans freine la croissance. Une croissance mieux équilibrée et dont les fruits bénéficient davantage aux salariés : voilà une des clés majeures pour sortir de ce cercle vicieux.

Propos recueillis par Stéphène Jourdain

L'article au format word: RSA_Dauphine_libere.doc RSA_Dauphine_libere.doc


 
Par pierrôt - Publié dans : PEOPLE
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 12:26

Demain, c'est la fête. Oui, demain 1er octobre, c'est la fête. Comment ça, quelle fête ? La fête nationale chinoise, évidemment ! Je sais, c'est plus simple de s'en rappeler quand on y est. Ah, l'automne à Pékin....Ok, c'est facile comme référence. Mais comme c'est toujours aussi beau, en roman comme en vrai, on ne s'en lasse pas.

Je me demandais ce qui avait bien pu changer avec les Jeux Olympiques. À vrai dire, on ne pouvait plus s'attendre à grand chose tant Pékin s'était déjà transformé ces dernières années. Mais il reste toujours ici et là quelques petites zones pas trop montrables. Pour ça, les chinois ont une bonne technique. Une palissade avec plein de belles images dessus. À moins de survoler Pékin en hélicoptère, on ne voit rien. On devine bien qu'il y a des travaux. Mais tout le monde sait que la Chine est un pays en construction. En plein centre de Pékin, dans la principale artère commerçante de la ville, Wangfujing, on trouve ainsi un périmètre délimité par ce genre de palissade.

Il y a eu, en revanche, un véritable changement avec les Jeux Olympiques. C'est l'apparition de ce genre de pancartes :No smoking

On les trouve aussi dans les couloirs des hôtels.

Et même jusque devant sa propre chambre !

 


Ça peut vous paraître anodin. Mais c'est une véritable révolution (preuve que c'est bien ici que ça se passe). Car jusqu'à présent, la Chine était bien le dernier endroit où l'on se préoccupait de savoir s'il était permis ou non de fumer pour s'en griller une. Souvenir d'il y a quelques années où, après un dîner, le voisin n'avait pas arrêté de cloper. Bon, il avait une excuse : c'était un flic. Les enfants avaient récupéré son briquet distributeur de cigarettes. Toujours ça de pris. En voyant ces pancartes et ces écriteaux, je me suis dit : Pierrot, t'as du bol. Ou du nez, diraient certains vieux copains. Ou les deux à la fois. En tout cas, j'étais content d'avoir arrêté de fumer l'année dernière. D'ailleurs, comme je l'ai déjà expliqué( Comment Tom s’est arrêté de fumer), à Pékin c'est comme si les cigarettes étaient gratuites : avec la pollution, on fume sans s'en apercevoir. Alors on peut bien se permettre no smoking.
Par pierrôt - Publié dans : DEPAYSAGES
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 13:15

« Il faut dire la vérité »... aux Français-allemands-croates-chinois-touaregs-...(rayer la mention inutile). Vous l'avez remarqué, vous aussi. Cette petite sueur froide qui commence à suinter dans le dos quand un homme politique débute sa phrase par ces quelques petits mots. Style « moi, j'ai le courage de le dire. » Dans le genre, Sarkozy en fait des tonnes. Il en fait tellement trop qu'il n'est plus crédible. C'est son problème. Il nous reste la petite sueur froide. Putain, qu'est-ce qui va encore nous tomber sur la gueule !

Car  quand un homme de pouvoir commence sa phrase en annonçant qu'il faut « dire la vérité », c'est toujours pour annoncer des mauvaises nouvelles. Enfin des mauvaises nouvelles pour les pauvres, et ceux qui ne peuvent vivre qu'en bossant, les travailleurs. Comme aujourd'hui c'est pareil, on peut faire raccourci et dire pauvres, tout simplement. A ceux-là,  donc, on leur dit : « il va y avoir plus de chômage ». Ou : « avec la crise, le pouvoir d'achat va en prendre un coup ». Déjà qu'ils ont du mal à joindre les deux bouts.

Remarquez, c'est pas des mauvaises nouvelles pour les patrons qui, avec encore davantage de chômage, vont pouvoir mettre un petit coup de pression en plus sur leurs salariés pour leur faire suer le burnous. La règle d'or : surtout, ne pas inquiéter les patrons. C'est fragile un patron. Ça s'effarouche, ça prend la mouche. Ça peut nous faire un caprice de délocalisation. Faut faire attention avec les patrons...

A trop entendre la vérité, un esprit mal élevé pourrait en conclure que quand le même  nous promet la lune, en campagne électorale, il ment, forcément. Il ne dit pas la vérité. Puisque la vérité c'est TOUJOURS désagréable à entendre. On revient à la vérité du jour.

Que nous dit « l'idiot en colère » (Sha Keqi, comme le surnomment les Chinois). La crise, c'est une histoire de voyous. Il faut moraliser le capitalisme. Eh, oh, tu nous prends pour des billes ou quoi ? Tout le monde annonçait que cette crise allait nous tomber sur le coin de la figure et toi, président, tu fais semblant de la découvrir, comme si c'était une catastrophe naturelle ? Une sorte de braquage de banque qu'aurait mal tourné pour les pauvres ? Ben voyons ! En substance, Sha KeQi nous dit en effet: « Voyez-vous, il y a toujours eu des voyous. Cette fois-ci, l'Etat ne se laissera pas faire car l'Etat c'est vous. Je ne parle plus de racaille ni de karcher (marque déposée etc.).  Car on me l'a trop souvent reproché. Mais promis, craché, juré : ça ne se reproduira plus. On va moraliser. Vous pouvez compter sur moi ».

Dis-donc toto, où c'est que tu l'as apprise l'histoire ? Avec Darcos ? C'est sûr, ça doit être craignos. Un mec qui ne sait même pas faire une règle de trois. Car la crise d'aujourd'hui, figure-toi, c'est tout comme pareil celle de 29 (1929). Y'a qu'à ouvrir un manuel pour le comprendre. Mais, évidemment, ton pouvoir ne tient que par la peur. Alors il faut faire peur. Il faut « dire la vérité », c'est-à-dire effrayer, inquiéter, insinuer, déstabiliser. Bref, il faut emmerder le peuple. Il vaut mieux faire peur, c'est sur. La peur est mauvaise conseillère. C'est tout bon pour les amis de Seillière. On peut faire passer n'importe quoi dans un moment de peur ou de panique. Y'a qu'à voir l'histoire des tours et de la guerre en Irak. Apathie, le fidèle larbin de Sha KeQi, l'a bien compris. La crise financière, Apathie nous la joue catastrophe terroriste. Un « 11 septembre économique ». Rien que ça ! Ach, la peur, la grosse bête immonde. Oui, vraiment : immonde.


Par pierrôt - Publié dans : QUELQU’UN L’A DIT
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