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Il y a, comme on le sait, plusieurs façons de mentir. Celle qui vient le plus spontanément à l'esprit consiste à énoncer des contre-vérités, des mensonges. Une autre façon de mentir consiste à véhiculer des mythes. Enfin, on peut aussi, comme chacun le sait, mentir par omission. On retrouve un mélange de ces différentes méthodes dans le discours gouvernemental sur le RSA.
Première idée fausse : un Rmiste qui retrouve un emploi n'y a pas nécessairement d'avantage monétaire et peut même y perdre de l'argent. C'est totalement faux. Il existe aujourd'hui (et de longue date) un dispositif dit « d'intéressement » qui permet de toujours gagner plus quand on travaille un peu plus durant l'année de reprise d'emploi (et même bien au-delà bien sûr, cela dépend de la nature de l'emploi retrouvé).
Deuxième idée fausse (qui découle en partie de la première) : le RSA va bouleverser la donne en permettant de rendre plus attractive la reprise d'emploi. C'est encore faux. Les derniers chiffres qui circulent montrent que, durant l'année de reprise d'emploi, l'incitation monétaire à la reprise d'emploi n'augmente jamais et même diminue fortement dans certains cas avec la mise en place du RSA.
Troisième idée fausse : avec le RSA on va faire en sorte que ceux qui travaillent sortent de la pauvreté ; on va en finir avec la « pauvreté laborieuse ». Toujours aussi faux. Avec le RSA, les Rmistes qui reprennent un emploi seront plus pauvres qu'avant et, surtout, ils ne sortiront guère de la pauvreté, sauf dans quelques rares cas, s'ils arrivent à décrocher un emploi à temps complet. Mais comme le RSA n'incite pas à cela...
Bon, tout cela reste un peu abstrait. Prenons un exemple concret. Le barème du RSA étant établi en fonction de la situation familiale, il faut en choisir une. À la différence des chiffres avancés par certain ministre prenant l'exemple de familles avec deux enfants (situation tout à fait marginale dans le public du RMI) on prendra celui des personnes isolées sans enfant qui représentent une large majorité des Rmistes (environ six Rmistes sur dix sont dans cette situation).
Pour ces personnes, la situation actuelle est la suivante quand ils reprennent un emploi. Il cumulent intégralement leur allocation avec leur salaire durant les trois premiers mois de reprise d'emploi, puis le cumul devient partiel. Si la durée de l'emploi est inférieure à 78 h par mois, ils peuvent cumuler 50% de leur salaire avec leur allocation. Si la durée du travail est supérieure, une allocation forfaitaire de 150 euros s'ajoute à leur salaire durant les 9 mois suivants et ils bénéficient en outre d'une prime de retour à l'emploi de 1000 euros versée à partir du 4ème mois.
Avec le RSA, ils pourront, nous dit-on, cumuler leur allocation tout en gardant 62% de leur salaire. Mais, curieusement, ce n'est pas ainsi qu'est présenté le barème du RSA alors qu'effectivement cette présentation est la plus simple. Dans les chiffres diffusés par le gouvernement, on donne au contraire le montant du RSA qui sera perçu pour différents niveaux de salaire (1/4 temps, mi-temps, etc.). Bonjour la transparence !
Tous comptes faits, quels sont les changements ? Voici un petit tableau qui compare les deux situations pour la première
année de reprise d'emploi dans le cas d'un emploi au SMIC et pour différentes durées du travail. Les chiffres indiquent le total des revenus perçus dans l'année en cumulant salaires et
allocations.
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1/4 temps |
1/2 temps |
3/4 temps |
Temps complet |
|
Total annuel |
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RMI |
7300 |
9228 |
12945 |
16029 |
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RSA |
6636 |
8556 |
10464 |
13296 |
|
Ecart |
-664 |
-672 |
-2481 |
-2733 |
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Moyenne mensuelle |
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RMI |
608 |
769 |
1079 |
1336 |
|
RSA |
553 |
713 |
872 |
1108 |
Pour des emplois au plus égaux à un mi-temps, la perte est de près de 700 euros par an. Cela équivaut à un mois et demi de RMI
(1,5 RMI). Pour des emplois où la durée du travail est supérieure, la perte est bien plus importante.
Premier constat : les Rmistes qui reprennent aujourd'hui un emploi y ont davantage d'intérêt financier qu'avec le RSA. Ce
qui illustre nos deux premières idées fausses.
Certains amis ont fait remarquer que l'écart observé entre le RMI et le RSA pouvait correspondre au « forfait logement ». Le forfait logement, c'est ce qui diminue, dans 95% des cas, l'allocation des Rmistes parce qu'ils sont logés à titre gratuit, ou qu'ils sont propriétaires de leur logement ou qu'ils perçoivent une allocation logement. Cependant, les tableaux diffusés par le gouvernement indiquent bien que les chiffres sont « Hors forfait logement et allocations logement », ce qui, en bon français, signifie qu'on ne prend en compte ni les allocations logement supplémentaires ni la déduction au titre du forfait logement. D'ailleurs les sites officiels qui donnent le barème du RMI indiquent bien un montant du RMI hors forfait logement comme un montant avant déduction de ce forfait (53,75 euros par mois pour une personne seule en 2008), soit très précisément 447,91 euros à la date d'aujourd'hui.
Cependant, même en supposant que le barème diffusé par le gouvernement est « mal présenté » (c'est-à-dire qu'il présente un RSA diminué du forfait logement), le constat n'est guère changé. Le RSA n'accroît pas les incitations au travail au temps partiel (moins de 78h dans le mois) et les diminue fortement pour des durées du travail plus longues. C'est ce que montre le tableau ci-dessous o on a diminué le montant du RMI de ce forfait logement.
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1/4 temps |
1/2 temps |
3/4 temps |
Temps complet |
|
Total annuel |
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RMI |
6657 |
8585 |
12784 |
15868 |
|
RSA |
6636 |
8556 |
10464 |
13296 |
|
Ecart |
-21 |
-29 |
-2320 |
-2572 |
La conséquence logique de ce premier constat est que les pauvres qui reprendront un emploi avec le RSA sortiront moins de la pauvreté qu'aujourd'hui. Ce qui illustre la troisième idée fausse. Il y a d'ailleurs à cet égard une manipulation grossière dans les chiffres officiels qui circulent. Le seuil de pauvreté indiqué est évalué à 817 euros alors que les dernières statistiques de l'INSEE indiquent, pour l'année 2006, le chiffre de 880 euros. Actualisé à l'année 2008, on aboutirait à un seuil de 920 euros. Il faudrait même aller au-delà et prendre déjà en compte une actualisation pour l'année 2009 puisque les chiffres qui sont diffusés concerne un dispositif qui est censé entré en vigueur à la mi-2009. On aboutirait alors probablement à un seuil de l'ordre de 950 euros.
Quant on compare ce seuil aux différents revenus garantis aujourd'hui avec le RMI et demain avec le RSA, on est loin du compte. Avec le RSA, le revenu garanti même pour un emploi à 3/4 temps ne permettra pas de sortir de la pauvreté alors que cela est possible aujourd'hui !
On aboutit au même constat dans pratiquement toutes les situations. En actualisant les seuils de pauvreté monétaire à l'année
2008 on aboutit au tableau suivant (en euros par mois). Pour les ménages avec enfants il y a deux colonnes selon l'âge des enfants, car les coefficients à appliquer ne sont pas les mêmes selon
l'âge. Dans les documents diffusés par le gouvernement, ce sont les montants les plus faibles qui sont indiqués... Bon, on ne discute pas non plus ici la question de la sous-estimation des
revenus d'enquête.
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Seuils de pauvreté |
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Enfants de
moins de 14 ans |
Enfants de
14 ans et plus |
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Célibataire |
920 |
920 |
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Isolé 1 enfant |
1196 |
1380 |
|
Isolé 2 enfants |
1472 |
1656 |
|
Couple sans enfant |
1381 |
1381 |
|
Couple 1 enfant |
1656 |
1840 |
|
Couple 2 enfants |
1932 |
2300 |
Si on compare ces chiffres aux revenus disponibles dont pourront disposer les ménages avec le RSA on constate :
- que les parents isolés resteront toujours dans la pauvreté. Il faut rappeler qu'ils représentent environ un quart des Rmistes;
- que les couples resteront également toujours dans la pauvreté à moins que les deux conjoints puissent avoir un emploi. Dans ce dernier cas, il faudrait au moins un temps plein et un mi-temps au SMIC ;
- que les personnes isolées, comme on l'a vu, ne peuvent sortir de la pauvreté qu'en travaillant quasiment à temps complet.
C'est une autre façon d'illustrer la question de fond à laquelle le RSA n'apporte aucune solution : à savoir la multiplication des emplois précaires et/ou à temps partiel. C'est bien la raison pour laquelle le RSA est dangereux: au motif de lutter contre la pauvreté, il ne pourra que la nourrir en encourageant encore davantage le développement de ces emplois.
Inénarrable Devedjian ! La polémique enfle autour du limogeage du responsable de la sécurité en Corse. Martine Aubry parle de « privatisation de la République ». Nicolas Dupont-Aignan évoque « deux poids deux mesures » et François Bayrou parle du « fait du prince ». Et voilà le secrétaire général de l'UMP qui croit venir au secours de son maître Sha Qeki en rectifiant légèrement la formule : « plutôt le devoir du prince », a-t-il commenté, sans doute en croyant faire d'un prétendu bon mot une réplique cinglante à la critique.
Bon, c'est donc qu'il y a un prince et non un président, et c'est bien lui, malgré les dénégations de la ministre de l'intérieur qui est à l'origine de cette sanction (puisqu'il a rempli le « devoir du prince »). Dont acte.
Tout le monde sera aussi ravi d'apprendre que ce « prince » a des devoirs. Ce n'était pas en effet très clair depuis son arrivée au pouvoir. Mais des devoirs envers qui ? Uniquement envers ses proches et ses amis ? Ou aussi envers tous les citoyens de ce pays ? Dans une vie antérieure (sans doute) un Sha KeQi de passage dans les banlieues avait promis de les débarrasser de la « racaille » (pour reprendre des mots dont on lui laisse la responsabilité). On ne lui en demandait pas tant. On lui demandait simplement de faire l'égalité entre tous les citoyens. De faire en sorte que les citoyens qui habitent en banlieue vivent dans la même tranquillité que les amis du président en Corse. Or rien n'a changé dans ces banlieues. « Lorsqu'on est préfet, on assume ses responsabilités », a déclaré selon le porte-parole de l'Elysée le président de la République à propos de l'affaire corse. Faudrait-il donc aujourd'hui limoger notre petit Sha ?
Xavier Darcos utilise un autre procédé pour tenter de justifier la sanction du flic/pandore en chef. « Ce n'est pas parce que la victime est un ami du président de la République qu'il y a une circonstance atténuante, une faute est une faute », a déclaré le ministre de l'Education nationale.
Encore un nouvel exemple du procédé désormais usé jusqu'à la corde qu'utilisent les sbires de Sha KeQi. Car personne n'a évidemment parlé de « circonstance atténuante ». Darcos s'invente des ennemis imaginaires en leur prêtant des idées outrancières pour disqualifier plus facilement une position injustifiable ...que personne n'a soutenue. En pariant sur le fait que l'on ne retient que l'écume des mots et que le dernier qui a parlé a toujours raison. Cela s'appelle, on y reviendra, prendre les gens pour des cons.
Petit arrêt sur les mots, pour ceux que cela intéresse. Le procédé consiste à transformer une exception en une règle et à soutenir qu'il n'y a aucune raison de ne pas respecter cette règle (de faire une exception) au motif que l'affaire concerne des proches du président. Bref, on dit que l'exception c'est la règle et qu'il n'y a aucune raison de faire une exception à cette règle (car la règle devrait être la même pour tous, évidemment). Cela revient à légitimer l'exception de façon purement formelle, de façon rhétorique. C'est tordu, je sais. C'est pour cela que ça peut marcher quand on n'a pas le temps de réfléchir au fond des mots. Mais c'est intenable d'un point de vue logique. Prenons un exemple.
Supposons que l'on vole le scooter du fils d'un notable (par exemple un homme politique particulièrement opportuniste et traître qui ne jure que par la vie « bling bling »). Supposons aussi qu'à la suite de ce vol la police emploie des moyens exceptionnels (par exemple des tests ADN très coûteux) pour retrouver les voleurs. Des citoyens s'émeuvent de ce traitement de faveur exceptionnel. Et les amis du notable répondent.
« Un vol est un vol ». A ce niveau tautologique primaire, il est difficile d'être en désaccord.
« Ce n'est pas parce que la victime est le fils d'un homme politique particulièrement opportuniste et traître que la police ne doit pas faire son travail en recherchant le plus efficacement possible les voleurs ». Là encore, personne n'a dit que la police ne devait pas bien faire son travail. Il n'y a formellement rien à redire.
« Donc personne ne peut critiquer le fait que la police ait employé des moyens exceptionnels pour retrouver les voleurs ».Evidemment, ce qui gêne ici, c'est le donc. Car cela laisse supposer que la police a bien fait son travail parce qu'elle a employé des tests ADN coûteux. Ce qui, en bonne logique, signifie que la police ne fait pas bien son travail lorsqu'elle n'emploie pas ces méthodes pour rechercher les voleurs de scooter; c'est-à-dire toutes les autres fois que l'on vole un scooter ou une mobylette.
En résumé, en essayant de légitimer un fait exceptionnel ce raisonnement disqualifie les faits ordinaires. Traduction concrète : la police ne fait pas bien son travail lorsqu'elle n'emploie pas des tests ADN pour retrouver les voleurs de scooter. Et, à ce compte-là, il faudrait prévoir une sacrée réserve de préfets de police en Corse...
On voit bien que ce raisonnement ne fonctionne que dans l'instantané, parce qu'il joue sur les mots, sans doute de façon un peu plus subtile que Devedjian. Mais finalement c'est le même style d'entourloupe. L'erreur est de penser que cela trompe les gens. Car ce n'est pas parce que l'on prend les gens pour des cons qu'ils le deviennent. Ce serait même plutôt l'inverse. Le bras d'honneur permanent, ça n'a jamais permis de gagner l'opinion publique. Il y a dans ce sans-gêne présidentiel quelque chose qui est ressenti de façon immédiatement choquante par les citoyens. Aucun "bon mot", aucune déclaration ministérielle ne peut dissiper ce malaise.
C'est un canard sans prétention
Qui ne respecte aucun canon
Un journal fait pour les copains
Faut dire qu'on en a bien besoin
Ça f'sait des années qu'on en rêvait tous
C'est Siné qui l'fait voilà Val qui tousse
C'est l'hebdo de tous les prolos
De tous ceux qu'y en ont plein l'dos
Le journal qui traque les bourgeois
Et leurs laquais sans foi ni loi
Ça va cogner sur les crevures
Ça va saigner, pour ça c'est sûr.
Dans l'hebdo il y'a des dessins
Et plein de commentaires malins
Il y a même on peut bien le dire
Des cochonneries et d'la satire
Ça f'sait des années qu'on en rêvait tous
Un journal qui tache et qui éclabousse
C'est l'hebdo de tous les prolos
De tous ceux qu'y en ont plein l'dos
Le journal qui traque les bourgeois
Et leurs laquais sans foi ni loi
Ça va gerber chez les ordures
Ça sent pas bon, pour ça c'est sûr.
Dans l'actu y'a d'quoi s'énerver
Parfois même on peut exploser
De le lire chez un congénère
Ça aide à passer sa colère
Ça f'sait des années qu'on en rêvait tous
Un canard qui boîte pour qu'on se trémousse
C'est l'hebdo de tous les prolos
De tous ceux qu'y en ont plein l'dos
Le journal qui traque les bourgeois
Et leurs laquais sans foi ni loi
On va gicler les pourritures
Y'a du boulot, pour ça c'est sûr.
Mercredi ce s'ra rigolo
On pourra lire tous les poteaux
Dézinguer les rois de la frime
Et tous les cons qui nous oppriment
Ça f'sait des années qu'on en rêvait tous
Dans Siné Hebdo la révolte pousse
C'est l'hebdo de tous les prolos
De tous ceux qu'y en ont plein l'dos
Le journal qui traque les bourgeois
Et leurs laquais sans foi ni loi
Pas d'pitié pour les beaux quartiers
Faut bien qu'y payent, y'a pas à chier!
Avertissement: Cet article a fait l'objet d'une actualisation le vendredi 5 septembre à partir des derniers chiffres qui
accompagnent le projet de loi en circulation. Pour lire ce commentaire actualisé des chiffres, il faut aller à l'adresse suivante Les mensonges du RSA
L'analyse qui suit reste cependant pertinente sur le fond.
À force d'écouter des contre vérités on finirait presque par y croire...ou par s'irriter vraiment. Avec le RSA, on est servi.
Le RSA, rappelons-le, est censé remplacer les minima existants et faire en sorte que tout le monde puisse sortir de la pauvreté en travaillant. Dit autrement, on ne pourra désormais sortir de la
pauvreté que si l'on travaille. C'était le thème d'une chronique publiée l'an passé dans Alternatives
économiques(1).
Pour justifier son projet de Revenu de solidarité active (RSA), le gouvernement entonne depuis un an la même rengaine : avec le RSA, la reprise d'emploi sera toujours financièrement attractive. Le VRP Hirsch le répète à longueur d'entretiens et les « vrais » ministres lui emboîtent le pas, comme Xavier Bertrand, dans l'édition de France Soir du 1er septembre 2008 : « J'ai croisé beaucoup trop de personnes qui me disent : « Si je reprends un boulot, j'y perds. » Avec le RSA, c'est terminé. Ils auront la garantie d'y gagner s'ils reprennent un emploi. »
« Si je reprends un boulot, j'y perds ? » On ne le répétera jamais assez : ceci est un mensonge, this is not true, das ist nicht wahr... On peut le répéter dans toutes les langues. Désolé pour Martin Hirsch, mais ceux qui ont conçu le RMI s'étaient déjà posé la question avant lui. D'ailleurs ils avaient fait les mêmes écoles. Depuis la création du RMI, il existe des mécanismes « d'intéressement », comme disent les spécialistes, qui permettent de cumuler son salaire avec tout ou partie de son allocation de façon à ne pas y perdre quand on reprend un emploi, même pour des emplois à temps très partiels. Ces mécanismes ont changé depuis 20 ans. Mais ils rendent toujours la reprise d'emploi financièrement attractive. Du moins si on ne veut pas tordre le sens des mots. Reprendre un emploi, c'est passer d'une situation « d'assistanat », comme se plaît à insister Xavier Bertrand, à une situation d'emploi.
Ces mécanismes de cumul qui permettent de toujours y gagner quand on reprend un emploi disparaissent au bout d'une année. Car reprendre un emploi ce n'est pas passer sa vie à la perdre dans des emplois à trois francs six sous. Quand ces mécanismes d'intéressement disparaissent, la réalité de l'emploi retrouvé apparaît dans sa vérité toute crue. Si le salaire perçu est inférieur au revenu minimum garanti (le RMI aujourd'hui), alors évidemment, « on y perd ». Mais ce n'est pas un scoop. À partir du moment où la société garantit un revenu minimum, il est évident que l'on peut toujours convertir ce revenu minimum en un minimum d'heures de travail... C'est précisément, d'une certaine façon, ce que le gouvernement essaye de faire avec le RSA. En forçant les pauvres à travailler pour avoir un revenu minimum. Cela s'appelle du travail forcé. Xavier Bertrand le confirme d'une façon finalement assez candide dans sa réponse à la première question de l'entretien accordé à France Soir : « C'est la même logique que l'offre raisonnable d'emploi. »
Bref, on supprime le revenu minimum pour le remplacer par un travail minimum. Évidemment, il n'est pas question de le claironner ainsi. Donc on invente le mythe de la « désincitation au travail » : si les pauvres ne reprennent pas d'emploi, ce n'est pas par paresse. Non, nous sommes des gens civilisés et les pauvres modernes sont rationnels. Les pauvres ne reprennent pas d'emploi parce qu'ils font des calculs et qu'ils constatent qu'ils y perdent. C'est faux, comme on l'a déjà dit. Mais peut-être que le RSA va accroître les incitations existantes ? Quand on cherche la réponse, on a bien du mal à la trouver. On retrouve toujours les mêmes discours incantatoires (quelque chose qui ressemble beaucoup à de l'idéologie) mais rien de très concret. Quand on pose la question aux journalistes, ils sont tout aussi démunis pour y répondre...
Et puis on finit par trouver sur le site du Premier ministre une infographie qui donne le montant du RSA dans différentes situations : selon l'emploi retrouvé et la situation familiale. Les chiffres sont reproduits dans le tableau suivant. C'est le montant mensuel du RSA que l'allocataire perçoit en plus de son salaire de smicard (250 euros pour un quart temps, 500 euros pour un mi temps, 1000 euros pour un temps complet, en chiffres arrondis).
|
|
Quart temps |
Mi temps |
Temps complet |
|
Célibataire |
313 |
237 |
87 |
|
Personne isolée avec un enfant de - 3 ans |
311 |
236 |
85 |
|
Couple monoactif sans enfant |
480 |
405 |
254 |
|
Couple bi-actif sans enfant |
179 |
103 |
0 |
|
Couple monoactif avec 2 enfants |
480 |
405 |
254 |
|
Couple bi-actif avec 2 enfants |
179 |
103 |
0 |
http://www.premier-ministre.gouv.fr/information/infographies_813/?id_article=59489
Alors on compare avec la situation actuelle de reprise d'emploi sur la première année où l'on peut déjà cumuler son RMI avec une partie de son salaire. Et l'on constate que la reprise d'emploi est moins avantageuse financièrement avec le RSA. Oui, vous avez bien lu : c'est MOINS avantageux. Sur un an, pour un célibataire qui reprend un quart temps au SMIC, le gain de la reprise d'emploi diminue de près de 500 euros par an avec le futur RSA. Pour une personne isolée avec un enfant de moins de 3 ans, la perte annuelle serait de plus de 3000 euros !
Quand la reprise d'emploi s'effectue sur un temps complet, le déficit avec la situation actuelle est encore plus important ...Mais vous ne le verrez pas dans les chiffres reproduits sur le site du journal Le Monde. Ce journal se fait en effet le porte voix du gouvernement en reproduisant des chiffres grossièrement truqués
(http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3224,54-1089561,0.html).
Pour les salariés qui reprennent un SMIC à temps complet, le « quotidien de référence » oublie simplement le cumul intégral avec le RMI pendant les trois premiers mois, la prime forfaitaire de 150 euros pendant les 9 mois suivants, et la prime de retour à l'emploi de 1000 euros pour les personnes qui reprennent pendant 4 mois ou plus un emploi d'une durée hendomadaire égale ou supérieure à 78 h. Dans le calcul du journal Le Monde, la reprise d'emploi pour un SMIC à temps complet permet de percevoir 12456 euros (soit douze fois le montant d'un smic mensuel à temps complet), alors qu'avec le RSA le total des revenus perçus la première année serait de 13 099 euros, selon le journal. En réalité un Rmiste qui reprend un emploi à temps complet, même au SMIC, perçoit plus de 3000 euros de plus (3049 euros pour être très précis) que le chiffre indiqué par Le Monde. Soit un total sur la première année de 16142 euros. La reprise d'un emploi à temps plein, même au salaire minimum, est donc bien plus avantageuse aujourd'hui qu'elle ne le serait demain avec le RSA. Le RSA diminue l'incitation à reprendre un emploi à temps complet et accroît, par conséquent, les incitations au temps partiel.
Faut-il parler de propagande, ou simplement de désinformation ?
(1) « Le RSA, une forme de pensée unique », Alternatives économiques, juillet 2007.
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