Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 15:33

C'est la rentrée. On commence à maugréer sans raison. On se réjouit de revoir quelques bonnes têtes mais on appréhende celle qui peut, en quelques secondes, nous bousiller la journée. Bref, on n'a pas forcément trop le moral, ni beaucoup d'énergie. On en aurait bien besoin pourtant, pour dérouiller nos zygomatiques.

Et puis on lit le compte-rendu que fait L'Humanité de l'université d'été du Medef, dans son édition du 30 août. On découvre cette supplique de Laurence Parisot, la madonne des patrons, au roi Abdallah de Jordanie le mercredi 28 : « Votre Majesté, vous nous dites qu'à vos yeux, dans votre royaume, vous croyez au secteur privé. Je sais que vous rencontrez dans quelques heures le président de la République. Si vous pouviez lui faire passer le message, ce serait très gentil ! ». Et là, sans doute pour évacuer cette pression de rentrée toujours difficile, on éclate de rire.

Too much ! Oui vraiment, Laurence, c'est trop. À mon époque, ni le chanvre indien ni les fleurs de pavot n'avaient droit de cité sur le campus d'HEC. Il faudrait voir à surveiller les jardiniers. Sinon le patronat risque de perdre en crédibilité. Qui peut croire un seul instant que lorsqu'on fait bisou-bisou sur le perron de l'Elysée avec Sha KeQi, on a besoin d'un émissaire - étranger de surcroît - pour lui parler de ses malheurs ? Sans parler de l'idée que le petit Sha pourrait être hostile au secteur privé...

Ce n'était pas fini. Vendredi, après un échange téléphonique qu'elle venait justement d'avoir avec Sha KeQi, voilà notre madonne qui remonte à la tribune et déclare : « Il m'a dit que le RAS, on allait bientôt en reparler ensemble ». On savait bien que le patronat ne s'intéressait pas trop aux pauvres. Mais de là à parler du RAS (au lieu du RSA) pour désigner le machin de Martin Hirsch supposé aider les pauvres. Manifestement, ça plane à la tête du Medef. Faut dire qu'avec tous les cadeaux du gouvernement aux patrons depuis un an, certains peuvent très légitimement éprouver une certaine griserie. 

Par pierrôt - Publié dans : LE JOURNAL DES GOGOS
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 08:59

 

C'est le titre de l'article publié dans l'édition de septembre du Monde Diplomatique. Pour ceux qui sont sur une île déserte, qui n'ont pas les moyens de se procurer le Diplo et dont le seul contact avec le monde extérieur se limite à internet, le texte est repris ci-dessous. Dans l'édition papier, il y a un léger bug dans les deux premières notes. C'est corrigé dans la version ci-dessous. Attention, c'est un peu long...
 
Le tableau de Lincoln Seligman qui accompagne l'article porte un très joli titre: "Mise en place du dernier lien".  Tout un programme...



Changer le travail pour financer les retraites


Il faut le dire sans détours : une réforme des retraites devient urgente... à condition de donner au mot réforme son véritable sens. D'une part, les régressions entamées au début des années 1990 ne sont plus soutenables. D'autre part, il est nécessaire d'aller au-delà de la vision strictement comptable dans laquelle les gouvernements successifs ont voulu enfermer le débat. C'est finalement la question de la place du travail dans nos sociétés qui est au coeur du débat sur les retraites.

Longtemps, la pauvreté a été associée à la vieillesse. Vers la fin des « Trente glorieuses », en 1970, 28 % des retraités étaient pauvres : un taux deux fois et demi plus élevé que dans le reste de la population. Il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour qu'il rejoigne la moyenne nationale. Et c'est depuis cette date que le discours sur le « vieillissement » est monté en puissance, avec pour conséquence des changements législatifs et réglementaires qui ont profondément ébranlé les bases de notre système de retraite.

Ainsi, la loi de 1993 a notamment imposé l'allongement de la durée de cotisation pour les salariés du privé. Elle s'est traduite par une baisse d'environ 10 % du montant des pensions du régime général pour les nouveaux retraités(1). Ce qui a poussé un nombre croissant d'entre eux vers la pension plancher, appelée minimum contributif : 19 % touchaient ce minimum en 1990 ; ils sont 40 % en 2007(2). De fait, pour les travailleurs âgés, l'assurance vieillesse tend à se transformer en un filet minimal. Avec les baisses des pensions complémentaires et la loi de 2003 qui généralise l'allongement de la durée de cotisation et change le mode de calcul des pensions, la chute devrait encore s'accentuer.. Même avec une carrière complète, la pension d'un salarié moyen, calculée selon la réglementation actuelle, est inférieure de plus de 30% à celle basée sur les règles du début des années 1990. Or, de moins en moins de salariés peuvent prétendre à une pension complète... Inéluctablement, notre système de retraite conduira de plus en plus de salariés vers la pauvreté. Une bombe sociale à retardement que seule un changement de cap peut désamorcer.

En 2003, le gouvernement l'annonçait : il faudrait travailler plus, non pas pour « gagner plus », mais pour simplement préserver le niveau des pensions. L'objectif affiché alors était de relever l'âge moyen des salariés en activité au moment du départ à la retraite de 57,5 ans en 2003 à 59 ans en 2008. Le gouvernement avait exhorté les salariés à rester au travail et les chefs d'entreprise à ne plus exclure prématurément les salariés âgés - « Sinon, on ne pourra pas allonger la durée de cotisation »  ajoutait même le ministre des affaires sociales et du travail de l'époque, un certain François Fillon(3)

Cinq ans plus tard, le bilan est sans appel : l'âge de cessation d'activité n'a pas augmenté et le taux d'emploi des « seniors » non plus. D'après le Conseil d'orientation des retraites (COR)(4), 60 % des salariés partant en retraite étaient sans emploi l'année précédente (contre 40 % en 1983). L'âge moyen de sortie du marché du travail a même diminué de près d'un an (0,8 an) entre 2003 et 2005, selon les dernières statistiques d'Eurostat(5). Concrètement, les salariés n'ont donc pas la possibilité de rester davantage dans l'emploi afin de continuer à accumuler des droits suffisants pour percevoir une pension à taux plein. Bref, l'allongement de la durée de cotisation ne peut pas servir à « financer » les retraites.

En revanche, la hausse des cotisations sociales est loin d'être aussi insupportable que le dit le gouvernement, qui, tout d'un coup, se pose en défenseur du pouvoir d'achat des salariés. Cette dramatisation est aussi nourrie par certains experts, comme dans ce livre intitulé Libres opinions d'experts européens(6) : « Faute d'un accroissement important de la productivité ou de la population active occupée, le vieillissement impliquera soit une baisse de la consommation par tête, (...) soit un endettement externe massif. » Rien de très réjouissant, on en conviendra. Heureusement (pour les salariés), la formule est totalement erronée. Même dans les scénarios du COR, qui ne sont pas excessivement optimistes en matière d'évolution du chômage ou de la productivité, et même en supposant une prise en charge totale du surcoût des retraites par les salariés eux-mêmes, il n'y a jamais de baisse de la consommation par tête (ou du pouvoir d'achat). Qu'on en juge.

Dans le scénario central du COR, la masse des revenus devrait approximativement doubler à l'horizon 2050, en raison des gains de productivité prévus ; le partage entre salaires et profits serait maintenu au niveau actuel. Avec cette hypothèse du COR, la masse des salaires devrait aussi approximativement doubler en pouvoir d'achat. Dans ces conditions, si l'on revenait sur les réformes engagées depuis le début des années 1990, et même si le coût des pensions était entièrement supporté par les salariés, ces derniers connaîtraient une progression du pouvoir d'achat de leur salaire net de près de 50 % en trente ans. Ce chiffrage tient compte des évolutions du nombre de salariés et concerne le pouvoir d'achat du salaire net après paiement des cotisations vieillesse. Cela signifie qu'il suffirait de prendre une partie des futurs gains de productivité pour financer les retraites et qu'une fois ce prélèvement effectué il reste encore beaucoup pour les salaires et, en tout cas, beaucoup plus que durant les trente ans passés.

Bien sûr, d'autres sources de financement peuvent être mobilisées, en particulier du côté des entreprises, et selon des modalités diverses (le plus simple serait d'augmenter les cotisations dites patronales). Il est certainement possible, et même souhaitable, de faire davantage contribuer les entreprises au financement des retraites. Le scénario du COR montre simplement que la hausse des cotisations sociales n'est pas « insupportable ». En fait, ce verrou est posé pour empêcher les salariés de préempter une partie, au moins, des futurs gains de productivité. L'idéologie du « travailler plus pour gagner plus » a pour fonction d'occulter ce débat essentiel du partage des gains de productivité.

Une réponse financière au problème de l'avenir des retraites est donc à la fois nécessaire et possible. Elle n'est cependant pas suffisante. Le gouvernement ne cesse de marteler cette fausse évidence : « On vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps. » Cette idée est d'abord profondément inégalitaire. Car les différences sociales d'espérance de vie ne se sont pas réduites au cours des dernières décennies et elles restent fortes. Non seulement les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres (à 35 ans l'espérance de vie est, pour les hommes, inférieure de six ans en moyenne), mais ils passent davantage de temps qu'eux avec des incapacités et des handicaps(7). S'il fallaitt établir un lien entre durée du travail et espérance de vie, il serait légitime d'en tenir compte.

De plus, ce schéma reste prisonnier de la vision de plus en plus archaïque d'un cycle de vie ternaire (formation, travail, inactivité). Or les mutations économiques et sociales nécessitent d'enrichir ce modèle hérité de la période fordiste. Trois réflexions peuvent dessiner quelques pistes pour un projet futur.

Premièrement, il faut prendre acte du fait que le temps de vie professionnel est appelé à occuper une place de plus en plus réduite dans le cycle de vie. Selon les projections de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), la durée de la vie professionnelle devrait passer, en moyenne, de 37,5 années pour les hommes nés en 1950 à 35 ans pour ceux de la génération 1970(8). Elle n'est pas strictement comparable à la durée de cotisation désormais exigée pour percevoir une pension pleine, mais la contradiction est claire : il n'est pas possible de fonder un système de retraite sur des durées de cotisations croissantes quand les carrières sont appelées à s'écourter. Il serait donc logique de définir des règles d'acquisition des droits à retraite cohérentes avec ces tendances.

Deuxièmement, plutôt que de réduire les durées d'assurance nécessaires pour percevoir une pension à taux plein, il serait plus judicieux de reconnaître l'imbrication croissante des différents temps sociaux. Cela pourrait prendre la forme d'une extension des temps d'inactivité indemnisés au cours du cycle de vie : pour se former, pour consacrer davantage de temps à  l'éducation des enfants ou à la prise en charge des ascendants, pour des activités bénévoles ou associatives, etc. Il s'agirait, en quelque sorte, de donner la possibilité aux salariés de « faire retraite » avant l'âge de la retraite.

L'idée qui légitime cette évolution est que l'économie de marché repose en réalité largement, et de plus en plus, sur du travail non-marchand, trop souvent qualifié d'inactivité. La reconnaissance et la valorisation de ces temps sociaux non-marchands, mais indirectement productifs, constitue probablement l'un des enjeux majeurs des décennies à venir. La tendance actuelle se situe exactement à l'opposé : les entreprises cherchent à externaliser, sur les salariés ou sur la collectivité, les coûts sociaux de la gestion de la main-d'œuvre, de façon à ne payer que le temps de travail le plus directement productif. Le cas des intermittents du spectacle constitue sans doute l'exemple le plus significatif et le plus extrême de ces pratiques patronales.

Enfin, d'une façon plus générale, penser la retraite implique aussi de repenser le travail. En d'autres termes, la question posée par la première conduit à s'interroger sur son envers : le contenu du travail. Toutes les enquêtes montrent que les salariés quittent, dès qu'ils le peuvent, un travail toujours plus dévorant pour les corps et les têtes. Intensification des tâches, pressions psychologiques de plus en plus fortes, manque de reconnaissance : un ensemble de facteurs se conjuguent pour les pousser à liquider leurs droits à retraite dès que possible, afin d'échapper à ces pressions. Le temps de la retraite est ainsi vécu, pour une partie d'entre eux, davantage comme un temps où ils peuvent se soustraire aux contraintes que comme un temps de véritable autonomie pour l'épanouissement personnel.

Pourtant, si le travail constitue une nécessité anthropologique, il n'y a aucune raison de transformer cette nécessité en une contrainte, et encore moins en une contrainte insupportable et destructrice. Comme le souligne le chercheur Serge Volkoff, « si l'on faisait davantage le choix de modèles donnant aux personnes plus de capacités à s'organiser individuellement, collectivement, à peser sur le mode d'organisation de l'entreprise, cela permettrait d'aménager des situations de travail plus vivables(9) ».  Ces enjeux dépassent, et de loin, le simple problème de la pénibilité au travail, sur lequel la négociation interprofessionnelle prévue par la loi de 2003, après cinq années, n'a pas encore pu aboutir. Il s'agit de repenser l'organisation du travail et ses finalités ; et, en définitive, d'introduire toujours plus de démocratie dans les espaces de travail.


(1) Samia Benallah, Pierre Concialdi, Michel Husson, Antoine Math, « Retraites : les scénarios de la réforme », Revue de l'IRES n°44, 2004/1, Noisy-le sec.

(2) Cf Isabelle Bridenne et Cécile Brossard, « Les effets de la réforme de 1993 sur les pensions versées par le régime général », Retraite et Société, Paris, n°54, juin 2008.

(3) Emission  « Cent minutes pour convaincre », sur France 2, 24 avril 2003.

(4) Créé en 2000 puis élargi en 2003, ce Conseil comprend des parlementaires, des représentants syndicats salariés et patronaux, des experts désignés et des représentants de l'État. Il produit régulièrement des rapports.

(5) Pour les hommes, l'âge moyen de cessation d'activité a baissé de 1,2 an ; cette baisse a été de 0,5 an pour les femmes. http://www.securite-sociale.fr/chiffres/lfss/lfss2008/2008_plfss_pqe/

(6) Florence Legros (sous la direction de), Les retraites - Libres opinions d'experts européens, Economica, Paris, 2007. Ce titre laisse songeur : y aurait-il des circonstances ou des lieux où les paroles des experts ne seraient pas libres ?

(7) Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde et Jean-Marie Robine, « La « double peine » des ouvriers : plus d'années d'incapacité au sein d'une vie plus courte », Populations & Sociétés, numéro 441, janvier 2008, Paris.

(8) Olivier Marchand, Claude Minni, Claude Thélot, « La durée d'une vie de travail : une question de génération ? », Premières synthèses, DARES, n°50-52, 1998.

(9) Serge Volkoff, « Il faut remettre les boeufs devant la charrue », L'Humanité, Saint-Denis, 13 novembre 2007.

Par pierrôt - Publié dans : PEOPLE
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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /2008 09:15
C'était la question posée par le journal La Tribune, pour leur rubrique Forum. Evidemment, j'avais l'étiquette du Non. Vous pouvez économiser 1,20 euro en lisant ma réponse ci-dessous. En face, dans le camp du Oui, il y avait Dominique-Jean Chertier, ancien directeur général de l’Unedic entre 1992 et 2002, ancien conseiller de Raffarin, futur président de "France Emploi", le machin qui devrait sortir de la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC. Sa réponse sera mise en ligne quand j'aurai récupéré une version électronique.

Evidemment, la question posée n'est pas une bonne question. Cela laisse en effet entendre que le problème du chômage (pardon de la reprise d'emploi) est lié aux incitations financières, ce que démentent toutes les études. Il faut être déconnecté des réalités sociales pour penser cela. Pour ceux qui ont l'oeil aiguisé, ils peuvent essayer de retrouver dans le texte la phrase mise entre guillemets au début de ma réponse. Comme on dit, les intertitres snt de la rédaction. Vous pouvez oublier les guillemets.


Réponse parue dans La Tribune du vendredi 29 août 2008
"Il ne répond pas au problème de fond du marché du travail"
 
Actuellement, contrairement à ce que martèle Martin Hirsch, toute reprise d’emploi - même à temps partiel - se traduit par un gain financier grâce à un dispositif temporaire d’intéressement qui existe de longue date dans le RMI et qui se maintient pendant plusieurs trimestres. Une fois ce dispositif terminé, le gain reste important pour un emploi à temps complet, même au salaire minimum. Ce n’est pas nécessairement le cas si l’emploi repris est à temps partiel. Contrairement à un certain discours, ces emplois précaires ne sont pas des marchepieds vers des emplois plus durables et plus rémunérateurs. Les Rmistes qui reprennent de tels emplois à temps partiel pourraient très bien travailler davantage. Un sondage commandé par Martin Hirsch et publié  fin 2007 le rappelait : « La majorité des Rmistes n’attend qu’un emploi pour sortir de l’assistance ». Le problème majeur est qu’il n’y a pas d’emploi pour tous. Et cela n’est pas lié à un coût du travail qui serait « trop élevé » comme le montre clairement l’échec de la politique, pourtant massive, d’exonération des cotisations sociales.

Même si personne ne connaît aujourd’hui les contours précis du RSA (ce qui limite la qualité du débat démocratique sur ce sujet), il est certain qu’il ne changera rien à cette situation. Il incite au contraire les employeurs à la multiplication de ces emplois précaires en les subventionnant indirectement encore davantage. C’est la version libérale  du plein emploi : on partage le chômage en favorisant la multiplication  de ces miettes d’emploi. Le rapport Hirsch de 2005 prévoyait, en revanche, de prendre des mesures pour limiter l’importance du temps partiel. Ces garde-fous n’existent plus.

 
Par pierrôt - Publié dans : PEOPLE
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /2008 11:13

C’est dans Les Echos d’aujourd’hui et les médias le reprennent en boucle : Sha KeQi « veut taxer les revenus du capital pour financer le RSA ». Sha KeQi s'apprête, nous annonce-t-on, à lancer « un message politique fort », demain jeudi 28 août. Donc on en parle la veille, le 27 : logique, non ? On se gratte l’occiput pour essayer de comprendre pourquoi un journal parle la veille d’une nouvelle qui ne sera réelle que le lendemain. Bon sang mais c’est bien sûr ! C’est un coup de com…comme on dit aujourd’hui. On va vite finir par s’en lasser. Mais pour celles et ceux qui sont (hélas) trop pris par le temps pour se gratter l’occiput de temps en temps, ça peut fonctionner.

Car finalement, après une année de Sha KeQi, qu’aura-t-on vraiment retenu du RSA ? Tintin Hirsch va répétant, auréolé de son passé de président d’Emmaüs, que c’est tout bon pour les pauvres. Que si les pôpauvres veulent bien travailler un peu, ils pourront ainsi sortir de la pauvreté. Mais sur quelle planète tu vis Tintin ? Les pauvres, ils ne demandent qu’une chose, c’est avoir un emploi et pouvoir en vivre décemment. C’était ainsi que Le Monde titrait son édition du 12 décembre 2007 : « La majorité des Rmistes n’attend qu’un emploi pour sortir de l’assistance ».  Le sondage en question avait été commandé par un certain Haut commissaire aux solidarités actives (un pseudo compliqué sans doute inventé par un planqué de technocrate honteux de pouvoir compter parmi les ministres complices de Sha KeQi). Il y avait dans l’article un commentaire des plus pertinents : « une grande partie de ces personnes ne sont pas éloignées de l’emploi, c’est l’emploi qui s’est éloigné d’eux ».

Le problème, donc, c’est qu’il n’y a pas d’emploi pour tout le monde. Alors on en fait des miettes et on les distribue entre les pauvres et les moins pauvres. Le partage du chômage, c’est la version libérale du plein emploi. Et le RSA ne changera rien à tout cela. Bien au contraire. Il ne peut que renforcer cette logique. Évidemment, tout cela n’est pas très présentable à l’opinion publique. Il faut trouver une astuce pour "relooker" un RSA critiqué de toutes parts depuis des mois. Alors on recycle les vieux symboles « de gauche ». À l’époque de la création du RMI, celui-ci avait été financé, en partie, par un impôt sur les grandes fortunes, rétabli pour l’occasion. Comme le RSA est censé être une aide pour les pauvres, on va taxer les revenus du capital pour bien marquer le coup, pour lancer « un message politique fort ». C’est lourd, c’est même très lourd. Mais ça sonne bien dans les hauts parleurs. Et ça permet de faire de beaux trémolos dans la voix.

Bon. On ne va pas commenter dans ce billet tous les aspects du RSA, ce sera pour une autre fois (ceux qui sont intéressés par la question peuvent aller sur le très bon blog de l’ami Jean Gadrey où je suis allé puiser la citation du Monde ci-dessus). Pour aujourd’hui, on s’en tient au chiffre magique qui accompagnera la rodomontade de Sha KeQi. Selon Les Echos, la taxe envisagée rapporterait 1,4 milliards d’euros. Les milliards, ça aussi ça sonne bien. Mais comme il y a beaucoup de pauvres, le résultat est mince. A peine 15 euros supplémentaires par mois et par pauvre, moins de cinquante centimes par jour... Pas de quoi sauter au plafond.

En plus, c’est donner d’une main ce qu’on va reprendre d’une autre. Car le RSA va, au bout du compte, bénéficier surtout aux plus riches. Le RSA permettra en effet aux employeurs de payer encore moins les salariés, et l’Etat « complétera », selon le souhait émis en 1997 par le président de l’ex-CNPF Ernest-Antoine Seillière. Avec la disparition programmée du SMIC et la mise en place du RSA, les patrons vont certainement récupérer bien davantage avec le RSA que la maigre taxe envisagée.  « Elle est pas jolie mon entourloupe ? », pensa Sha KeQi qui ne put réprimer, au même instant, un rictus de satisfaction.


http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/

Par pierrôt - Publié dans : LE JOURNAL DES GOGOS
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /2008 08:25

Cette citation est extraite du livre de Joseph Roth, Les fausses mesures. Elle est suivie d’un court commentaire du « vérificateur suprême ».

« Tes poids sont tous faux et pourtant justes. Nous n’allons pas noter ton nom. Nous tenons tes poids pour bons. Je suis le vérificateur suprême ».

On peut débobiner beaucoup de fils de cette phrase. Par exemple. L’important ce n’est pas l’instrument de mesure, qui est toujours « faux », imparfait dans le monde réel. Notre représentation du monde reste nécessairement inachevée. L’important, donc, c’est de disposer d’une lecture du monde qui soit juste. Qui appréhende à sa juste valeur (précisément) les choses et les ordonne de façon cohérente, qui fasse sens, qui aide à comprendre le chemin parcouru et à dessiner celui qu’il faut prendre pour arriver « à bon port ».

Voilà  une « lecture » possible de cette phrase. Les statisticiens pourraient sans doute utilement la méditer, eux qui font profession de mesurer les choses (et parfois, ce faisant, les êtres). Elle souligne qu’il est inutile de courir après l’illusion d’une « bonne » mesure. L’important, c’est de disposer d’une lecture du monde qui soit la plus juste possible…même si elle est un peu fausse. 
Par pierrôt - Publié dans : QUELQU’UN L’A DIT
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