LE JOURNAL DES GOGOS

Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /2008 09:56

Le préjudice moral ce n'est pas la moralité. Le préjudice moral c'est une notion juridique qui désigne un préjudice qui touche, en général, les proches d'une victime. Le conjoint, les parents d'une personne décédée subissent un préjudice moral. C'est difficile à chiffrer, mais cela traduit une réalité, indéniablement. En moyenne, pour le décès d'un conjoint, les tribunaux accordent une indemnité de 10 000 à 20 000 euros au titre du préjudice moral.

Le préjudice, cela peut être aussi une atteinte à l'honneur ou la réputation d'une personne. L'euro symbolique est souvent une façon de reconnaître ce type de préjudice. Dans l'accord amiable passé entre feu le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie, la somme accordée à Tapie est de 45 millions d'euros au titre du préjudice moral. Cela représente le salaire net touché par plus de 3500 smicards durant toute une année. Ou encore ce que touchent près d'une centaine de smicards durant toute leur vie. Autant de travail sacrifié sur l'autel de la réputation prétendument malmenée d'un homme d'affaires.`

À ce degré de foutage de gueule, on n'a même plus la force de faire un commentaire. Et pour quoi dire ? On sent juste quelque chose d'amer s'insinuer sur la langue. Ça fait tordre la bouche et ça donne des rides qu'elles sont pas belles. C'est très, très désagréable. Et je reste poli (en public tout au moins). 
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /2008 07:54
Mercredi 10 septembre, le jour de la parution du premier Siné Hebdo, Jean S. (fils de président) et Jessica S. (fille de PDG) se sont mariés à la mairie de Neuilly-sur-S. (fief de riches). Doc Gynéco était invité, en cas d'urgence.
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /2008 15:22

Inénarrable Devedjian ! La polémique enfle autour du limogeage du responsable de la sécurité en Corse. Martine Aubry parle de « privatisation de la République ». Nicolas Dupont-Aignan évoque « deux poids deux mesures » et François Bayrou parle du « fait du prince ». Et voilà le secrétaire général de l'UMP qui croit venir au secours de son maître Sha Qeki en rectifiant légèrement la formule : « plutôt le devoir du prince », a-t-il commenté, sans doute en croyant faire d'un prétendu bon mot une réplique cinglante à la critique.

Bon, c'est donc qu'il y a un prince et non un président, et c'est bien lui, malgré les dénégations de la ministre de l'intérieur qui est à l'origine de cette sanction (puisqu'il a rempli le « devoir du prince »). Dont acte.

Tout le monde sera aussi ravi d'apprendre que ce « prince » a des devoirs. Ce n'était pas en effet très clair depuis son arrivée au pouvoir. Mais des devoirs envers qui ? Uniquement envers ses proches et ses amis ? Ou aussi envers tous les citoyens de ce pays ? Dans une vie antérieure (sans doute) un Sha KeQi de passage dans les banlieues avait promis de les débarrasser de la « racaille » (pour reprendre des mots dont on lui laisse la responsabilité). On ne lui en demandait pas tant. On lui demandait simplement de faire l'égalité entre tous les citoyens. De faire en sorte que les citoyens qui habitent en banlieue vivent dans la même tranquillité que les amis du président en Corse. Or rien n'a changé dans ces banlieues. « Lorsqu'on est préfet, on assume ses responsabilités », a déclaré selon le porte-parole de l'Elysée le président de la République à propos de l'affaire corse. Faudrait-il donc aujourd'hui limoger notre petit Sha ?

Xavier Darcos utilise un autre procédé pour tenter de justifier la sanction du flic/pandore en chef. « Ce n'est pas parce que la victime est un ami du président de la République qu'il y a une circonstance atténuante, une faute est une faute », a déclaré le ministre de l'Education nationale.

Encore un nouvel exemple du procédé désormais usé jusqu'à la corde qu'utilisent les sbires de Sha KeQi. Car personne n'a évidemment parlé de « circonstance atténuante ». Darcos s'invente des ennemis imaginaires en leur prêtant des idées outrancières pour disqualifier plus facilement une position injustifiable ...que personne n'a soutenue. En pariant sur le fait que l'on ne retient que l'écume des mots et que le dernier qui a parlé a toujours raison. Cela s'appelle, on y reviendra, prendre les gens pour des cons.

Petit arrêt sur les mots, pour ceux que cela intéresse. Le procédé consiste à transformer une exception en une règle et à soutenir qu'il n'y a aucune raison de ne pas respecter cette règle (de faire une exception) au motif que l'affaire concerne des proches du président. Bref, on dit que l'exception c'est la règle et qu'il n'y a aucune raison de faire une exception à cette règle (car la règle devrait être la même pour tous, évidemment). Cela revient à légitimer l'exception de façon purement formelle, de façon rhétorique. C'est tordu, je sais.  C'est pour cela que ça peut marcher quand on n'a pas le temps de réfléchir au fond des mots. Mais c'est intenable d'un point de vue logique. Prenons un exemple.

Supposons que l'on vole le scooter du fils d'un notable (par exemple un homme politique particulièrement opportuniste et traître qui ne jure que par la vie « bling bling »). Supposons aussi qu'à la suite de ce vol la police emploie des moyens exceptionnels (par exemple des tests ADN très coûteux) pour retrouver les voleurs. Des citoyens s'émeuvent de ce traitement de faveur exceptionnel. Et les amis du notable répondent.

« Un vol est un vol ». A ce niveau tautologique primaire, il est difficile d'être en désaccord.

« Ce n'est pas parce que la victime est le fils d'un homme politique particulièrement opportuniste et traître que la police ne doit pas faire son travail en recherchant le plus efficacement possible les voleurs ». Là encore, personne n'a dit que la police ne devait pas bien faire son travail. Il n'y a formellement rien à redire.

« Donc personne ne peut critiquer le fait que la police ait employé des moyens exceptionnels pour retrouver les voleurs ».Evidemment, ce qui gêne ici, c'est le donc. Car cela laisse supposer que la police a bien fait son travail parce qu'elle a employé des tests ADN coûteux. Ce qui, en bonne logique, signifie que la police ne fait pas bien son travail lorsqu'elle n'emploie pas ces méthodes pour rechercher les voleurs de scooter; c'est-à-dire toutes les autres fois que l'on vole un scooter ou une mobylette. 

En résumé, en essayant de légitimer un fait exceptionnel ce raisonnement disqualifie les faits ordinaires. Traduction concrète : la police ne fait pas bien son travail lorsqu'elle n'emploie pas des tests ADN pour retrouver les voleurs de scooter. Et, à ce compte-là, il faudrait prévoir une sacrée réserve de préfets de police en Corse...

On voit bien que ce raisonnement ne fonctionne que dans l'instantané, parce qu'il joue sur les mots, sans doute de façon un peu plus subtile que Devedjian. Mais finalement c'est le même style d'entourloupe. L'erreur est de penser que cela trompe les gens. Car ce n'est pas parce que l'on prend les gens pour des cons qu'ils le deviennent. Ce serait même plutôt l'inverse. Le bras d'honneur permanent, ça n'a jamais permis de gagner l'opinion publique. Il y a dans ce sans-gêne présidentiel quelque chose qui est ressenti de façon immédiatement choquante par les citoyens. Aucun "bon mot", aucune déclaration ministérielle ne peut dissiper ce malaise.

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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 15:33

C'est la rentrée. On commence à maugréer sans raison. On se réjouit de revoir quelques bonnes têtes mais on appréhende celle qui peut, en quelques secondes, nous bousiller la journée. Bref, on n'a pas forcément trop le moral, ni beaucoup d'énergie. On en aurait bien besoin pourtant, pour dérouiller nos zygomatiques.

Et puis on lit le compte-rendu que fait L'Humanité de l'université d'été du Medef, dans son édition du 30 août. On découvre cette supplique de Laurence Parisot, la madonne des patrons, au roi Abdallah de Jordanie le mercredi 28 : « Votre Majesté, vous nous dites qu'à vos yeux, dans votre royaume, vous croyez au secteur privé. Je sais que vous rencontrez dans quelques heures le président de la République. Si vous pouviez lui faire passer le message, ce serait très gentil ! ». Et là, sans doute pour évacuer cette pression de rentrée toujours difficile, on éclate de rire.

Too much ! Oui vraiment, Laurence, c'est trop. À mon époque, ni le chanvre indien ni les fleurs de pavot n'avaient droit de cité sur le campus d'HEC. Il faudrait voir à surveiller les jardiniers. Sinon le patronat risque de perdre en crédibilité. Qui peut croire un seul instant que lorsqu'on fait bisou-bisou sur le perron de l'Elysée avec Sha KeQi, on a besoin d'un émissaire - étranger de surcroît - pour lui parler de ses malheurs ? Sans parler de l'idée que le petit Sha pourrait être hostile au secteur privé...

Ce n'était pas fini. Vendredi, après un échange téléphonique qu'elle venait justement d'avoir avec Sha KeQi, voilà notre madonne qui remonte à la tribune et déclare : « Il m'a dit que le RAS, on allait bientôt en reparler ensemble ». On savait bien que le patronat ne s'intéressait pas trop aux pauvres. Mais de là à parler du RAS (au lieu du RSA) pour désigner le machin de Martin Hirsch supposé aider les pauvres. Manifestement, ça plane à la tête du Medef. Faut dire qu'avec tous les cadeaux du gouvernement aux patrons depuis un an, certains peuvent très légitimement éprouver une certaine griserie. 

Par pierrôt - Publié dans : LE JOURNAL DES GOGOS
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /2008 11:13

C’est dans Les Echos d’aujourd’hui et les médias le reprennent en boucle : Sha KeQi « veut taxer les revenus du capital pour financer le RSA ». Sha KeQi s'apprête, nous annonce-t-on, à lancer « un message politique fort », demain jeudi 28 août. Donc on en parle la veille, le 27 : logique, non ? On se gratte l’occiput pour essayer de comprendre pourquoi un journal parle la veille d’une nouvelle qui ne sera réelle que le lendemain. Bon sang mais c’est bien sûr ! C’est un coup de com…comme on dit aujourd’hui. On va vite finir par s’en lasser. Mais pour celles et ceux qui sont (hélas) trop pris par le temps pour se gratter l’occiput de temps en temps, ça peut fonctionner.

Car finalement, après une année de Sha KeQi, qu’aura-t-on vraiment retenu du RSA ? Tintin Hirsch va répétant, auréolé de son passé de président d’Emmaüs, que c’est tout bon pour les pauvres. Que si les pôpauvres veulent bien travailler un peu, ils pourront ainsi sortir de la pauvreté. Mais sur quelle planète tu vis Tintin ? Les pauvres, ils ne demandent qu’une chose, c’est avoir un emploi et pouvoir en vivre décemment. C’était ainsi que Le Monde titrait son édition du 12 décembre 2007 : « La majorité des Rmistes n’attend qu’un emploi pour sortir de l’assistance ».  Le sondage en question avait été commandé par un certain Haut commissaire aux solidarités actives (un pseudo compliqué sans doute inventé par un planqué de technocrate honteux de pouvoir compter parmi les ministres complices de Sha KeQi). Il y avait dans l’article un commentaire des plus pertinents : « une grande partie de ces personnes ne sont pas éloignées de l’emploi, c’est l’emploi qui s’est éloigné d’eux ».

Le problème, donc, c’est qu’il n’y a pas d’emploi pour tout le monde. Alors on en fait des miettes et on les distribue entre les pauvres et les moins pauvres. Le partage du chômage, c’est la version libérale du plein emploi. Et le RSA ne changera rien à tout cela. Bien au contraire. Il ne peut que renforcer cette logique. Évidemment, tout cela n’est pas très présentable à l’opinion publique. Il faut trouver une astuce pour "relooker" un RSA critiqué de toutes parts depuis des mois. Alors on recycle les vieux symboles « de gauche ». À l’époque de la création du RMI, celui-ci avait été financé, en partie, par un impôt sur les grandes fortunes, rétabli pour l’occasion. Comme le RSA est censé être une aide pour les pauvres, on va taxer les revenus du capital pour bien marquer le coup, pour lancer « un message politique fort ». C’est lourd, c’est même très lourd. Mais ça sonne bien dans les hauts parleurs. Et ça permet de faire de beaux trémolos dans la voix.

Bon. On ne va pas commenter dans ce billet tous les aspects du RSA, ce sera pour une autre fois (ceux qui sont intéressés par la question peuvent aller sur le très bon blog de l’ami Jean Gadrey où je suis allé puiser la citation du Monde ci-dessus). Pour aujourd’hui, on s’en tient au chiffre magique qui accompagnera la rodomontade de Sha KeQi. Selon Les Echos, la taxe envisagée rapporterait 1,4 milliards d’euros. Les milliards, ça aussi ça sonne bien. Mais comme il y a beaucoup de pauvres, le résultat est mince. A peine 15 euros supplémentaires par mois et par pauvre, moins de cinquante centimes par jour... Pas de quoi sauter au plafond.

En plus, c’est donner d’une main ce qu’on va reprendre d’une autre. Car le RSA va, au bout du compte, bénéficier surtout aux plus riches. Le RSA permettra en effet aux employeurs de payer encore moins les salariés, et l’Etat « complétera », selon le souhait émis en 1997 par le président de l’ex-CNPF Ernest-Antoine Seillière. Avec la disparition programmée du SMIC et la mise en place du RSA, les patrons vont certainement récupérer bien davantage avec le RSA que la maigre taxe envisagée.  « Elle est pas jolie mon entourloupe ? », pensa Sha KeQi qui ne put réprimer, au même instant, un rictus de satisfaction.


http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/

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